• Un autre tourisme au Japon


1. Introduction

Aomori est une ville qui se situe au nord du Japon, et le chef-lieu de la préfecture éponyme. C’est la préfecture la plus septentrionale de l’île d’Honshu, juste au sud de l’île d’Hokkaido. La préfecture ne veut pas dire le chef-lieu de département, mais elle correspond à peu près au département français. Il y a quarante-sept préfectures au Japon.
La préfecture d’Aomori compte environ 1 300 000 habitants, 1 % de la population nationale, avec trois villes principales : Aomori, Hachinohe et Hirosaki. La population approximative de ces villes est respectivement de 280 000, 230 000 et 170 000 habitants. La moitié de la population préfectorale habite ces trois communes. La préfecture s’étend sur deux anciennes provinces, Tsugaru à l’ouest et Nambu à l’est.
Cette préfecture occupe une superficie de 9 644 km2, à peu près la même taille que le département des Landes. Elle couvre 2,5 % de la superficie du pays. Elle est entourée de la mer de trois côtés : la mer du Japon à l’ouest, l’océan Pacifique à l’est et le détroit de Tsugaru au nord. Le tunnel du Seikan, long de 53,9 km, relie Honshu à Hokkaido. La longueur de ce tunnel est classée comme le numéro deux mondial désormais, détrônée par le tunnel du Saint-Gothard en 2016. C’est un tunnel exclusivement ferroviaire.
La préfecture d’Aomori se trouve à la latitude 41°, à peu près au même niveau que Rome et Barcelone, mais le climat est un peu moins tempéré qu’en Europe. Il neige beaucoup en hiver même sur le littoral, et la température dépasse rarement 30° en été.
L’agriculture et la pêche sont des industries typiques de cette région, et les spécialités les plus connues d’Aomori sont les pommes. L’image des pommes est étroitement liée au nom d’Aomori pour les Japonais. À part les pommes, les produits agricoles représentatifs de la préfecture sont ignames, ails et cassis. C’est la seule préfecture au Japon qui produit le foie gras. Quant à la pêche et la pisciculture, Aomori est connu pour coquilles Saint-Jacques, maquereaux et seiches. Hachinohe est le premier port de pêche au Japon.

2. Nature sauvage

Le toponyme Aomori peut être analysé en deux éléments ao et mori : ao veut dire « bleu », et mori « forêt ». Toutefois, bien que le mot ao soit compris comme « bleu » par les Japonais contemporains, il signifiait une couleur vague couvrant gris, indigo et vert en ancien japonais. Le mot Aomori voudrait donc dire une « forêt verte » ou bien une « forêt sombre ». Ce toponyme a largement contribué à l’image rurale de cette province.
Même si la préfecture est entourée par la mer de trois côtés, elle est assez montagneuse et l’hiver est très dur dans les montagnes. Les monts Hakkoda, situés au centre de la préfecture, sont connus pour l’accident de montagne le plus grave de l’histoire moderne du Japon : en 1902, l’armée de terre a perdu 199 soldats pendant la campagne à cause d’une tempête de neige meurtrière. Cette histoire est racontée dans le film Mont Hakkoda, sorti en 1977.

Monts Hakkoda

Les monts Shirakami, situés dans le sud-ouest de la préfecture, sont connus pour la forêt sauvage de hêtres, et ils ont été désignés comme un premier patrimoine mondial de l’UNESCO au Japon en 1993.

Monts Shirakami

La préfecture d’Aomori est également connue pour les singes en hiver. Ce sont les singes sauvages qui vivent le plus au nord du monde. Ils habitent la péninsule de Shimokita.

3. Province marginalisée par l’histoire officielle

Nihon shoki est le premier livre sur l’histoire du Japon, ouvrage anonyme et collectif daté de 720 après J.-C. Le titre veut dire « Les Chroniques du Japon ». La première moitié raconte le mythe de la fondation du pays, mais la seconde moitié contient des faits historiques importants malgré nombre de contre-vérités. Depuis le retour de l’empereur au siège du pouvoir en 1868 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce livre est resté l’histoire officielle sur l’Antiquité japonaise, et les Japonais étaient censés croire tout le mythe comme faits historiques. Même à présent, comme il s’agit d’un des rares témoignages sur le Japon antique, les historiens sont obligés d’y accorder une crédibilité surtout sur les épisodes relativement proches du temps de la rédaction.
Le Japon envoyait périodiquement des missions en Chine depuis le IVe siècle après J.-C. jusqu’en 894 pour apporter le tribut à l’empereur chinois. Lors d’une première rencontre entre le Japon et la Chine, la civilisation de cette dernière avait déjà une longue histoire de plus de deux mille ans, tandis que les Japonais vivaient encore une période préhistorique. La civilisation fut donc introduite du continent à l’archipel, et elle commença logiquement dans l’ouest de l’archipel. Certains historiens pensent qu’une première capitale du Japon situait au nord de l’île de Kyushu, faisant face à la mer de Genkai qui sépare le Japon et la péninsule de Corée. Toutefois, la première capitale japonaise qui est reconnue avec certitude par tous les historiens se situe dans la province de Nara. Elle fut fondée vers la fin du VIe siècle. Bien qu’elle connût quelques déplacements, elle resta dans la même province jusqu’à l’an 794, où une nouvelle capitale fut construite à Kyoto.

Nihon shoki raconte qu’en 659, une mission japonaise amena deux barbares, un homme et une femme, en Chine pour les présenter à l’empereur chinois. La région du Tohoku, très éloignée de Nara vers l’est, la direction contraire au continent, était considérée comme un pays des barbares qui ne connaissaient pas encore l’agriculture. L’envoyé japonais expliqua au souverain chinois qu’il y avait trois sortes de barbares au Japon, barbares apprivoisés, barbares farouches et tsukaru dont la signification nous reste obscure. Les deux barbares amenés en Chine étaient bien apprivoisés, ce qui veut dire qu’ils vivaient dans une province contiguë au pays sous le règne de l’empereur japonais. Les farouches habitaient la région un peu plus au nord que les apprivoisés, et les tsukaru dans la province la plus éloignée de la capitale. On peut supposer avec raison que ce mot tsukaru est à l’origine du nom de l’ancienne province Tsugaru.
L’envoyé japonais dit encore à l’empereur chinois que les barbares ne cultivaient aucune céréale et qu’ils ne mangeaient que de la viande. À défaut d’autres témoignages de l’époque, les historiens croyaient jusqu’à récemment que les habitants de la région du Tohoku ne connaissaient pas encore l’agriculture au VIIe siècle, d’autant que l’épisode diplomatique semble assez crédible. Cependant, une fouille archéologique de 1981 a mis à découvert des vestiges de rizières d’il y a presque deux mille ans dans la préfecture d’Aomori (site archéologique de Tareyanagi). Contrairement à ce qui est écrit dans Nihon shoki, les habitants d’Aomori connaissaient bien la riziculture depuis des siècles lors de la rédaction de ce livre.

Ainsi, dès le début de l’histoire du Japon, la province de Tsugaru était-elle victime des préjugés du gouvernement central. Ces préjugés sont malheureusement toujours d’actualité, et les Japonais ont tendance à considérer la région du Tohoku comme une province moins développée que les autres parties du Japon.

Vestige de rizières

4. Sites archéologiques de la période Jomon

Site archéologique de Sannai-Maruyama

Est-il vrai que la région du Tohoku était moins développée que les autres provinces du Japon depuis la nuit des temps ? Il est possible que les recherches scientifiques menées depuis trente ans disent le contraire. Le site archéologique de Sannai-Maruyama dans la ville d’Aomori est le plus grand vestige de la période préhistorique Jomon.
La préhistoire du Japon est divisée en trois : Paléolithique, Jomon et Yayoi. La période paléolithique dure jusqu’à environ 14 000 avant J.-C, Jomon jusqu’en 400 avant J.-C. et Yayoi jusqu’au milieu du IIIe siècle après J.-C. La période Jomon correspond à peu près à la Mésolithique et à la Néolithique, et la période Yayoi commence par l’introduction de la riziculture. Même s’il est évident que l’ouest du Japon a été plus prospère que l’est après l’introduction de l’agriculture, certains archéologues pensent que la province d’Aomori était une des provinces les plus importantes du Japon aux niveaux économique et géographique dans la période Jomon, grâce aux apports de la fouille de ce site.
Même si ce site de Sannai-Maruyama était connu depuis le XVIIe siècle, la fouille scientifique n’a commencé qu’en 1992. Il a été désigné par l’État comme un site historique spécial du Japon en 2000. En 2017, il n’y a que soixante-deux sites historiques spéciaux dans tout le pays, seulement six dans la région du Tohoku, et le site archéologique de Sannai-Maruyama en est le seul dans la préfecture d’Aomori.
En plus du site de Sannai-Maruyama, la préfecture d’Aomori abonde en sites archéologiques importants de la préhistoire du Japon. Parmi eux, on peut citer le site de Kamegaoka connu pour le shakoki dogu (figurine dite « aux lunettes de soleil »), bien culturel important désigné par l’État, et le site de Korekawa connu pour le gassho dogu (figurine dite « aux mains jointes »), trésor national. Des morceaux de pot découverts au site d’Odai-Yamamoto I, où la fouille a commencé seulement en 1998, peuvent être de la poterie la plus ancienne du monde. Ils datent d’il y a 16 500 ans selon la datation par le carbone 14.

5. Tourisme à Aomori

Il y a six préfectures dans la région du Tohoku, et Aomori compte à présent le nombre le plus important des touristes étrangers parmi les six. Beaucoup de thermes s’y trouvent et on peut skier en hiver (à l’époque du drame des monts Hakkoda, les Japonais ne connaissaient pas encore le ski…). Ce qui attire les touristes le plus à Aomori est le festival de Nebuta, célèbre pour ses chars splendides, une fête estivale qui dure pendant six jours à la première semaine du mois d’août. À Hirosaki, le festival est appelé Neputa, et Tachi-Neputa à Goshogawara.

Nebuta de la ville d’Aomori
Neputa de la ville d’Hirosaki

Le lac Towada et le fleuve Oirase sont connus pour leur paysage magnifique. Les fleurs de cerisier du parc d’Hirosaki sont souvent qualifiées des plus beaux cerisiers du Japon. Le mont Osore dans la péninsule de Shimokita est un des trois montagnes sacrées du Japon avec les monts Koya et Hiei. Il est connu pour la présence des médiums qui invoquent l’esprit des morts.

L’Oirase
Parc d’Hirosaki
Mont Osore

Je vais publier sur ce site des billets sur les choses à voir à Aomori au fur et à mesure. En attendant, je vous conseille de lire Tsugaru (Pays natal), un roman écrit par Osamu Dazai, romancier très connu originaire de cette province.

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